Anamorphose sonore – 23 Juin

ANAMORPHOSE SONORE

Performance musicale de Sébastien Roux

Sébastien Roux compose de la musique électronique qu’il donne à entendre sous la forme de disques, de séances d’écoute, d’installations ou parcours sonores, d’oeuvres radiophoniques. Ses œuvres récentes placent le concept de traduction au cœur de son travail. Ce principe consiste à utiliser une pièce « du répertoire » (peinture, partition, texte) comme une partition pour une nouvelle pièce. La première traduction, intitulée Quatuor (2011, commande du GRM) est une pièce électro-acoustique basée sur des fragments du 10ème quatuor de Ludwig van Beethoven. La seconde, Nouvelle (2012, commande de la WDR) utilise les phrases sonores de La Légende de Saint Julien L’Hospitalier de Gustave Flaubert. Inevitable Music se base sur les instructions données par l’artiste américain Sol Lewitt pour réaliser ses Wall Drawings (dessins muraux).

Il est lauréat de la Villa Médicis hors-les-murs (USA), du concours d’art radiophonique de La Muse en Circuit et fut pensionnaire de la Villa Medicis en 2015-2016.

Etape 1 : Résidence

Pendant la semaine pour travailler sur le lieu avec orchestre de chambre + présentation du travail le Samedi

Etape 2 : Présentation

Anamorphoses sonores est un projet hybride entre concert et installation sonore qui se propose de travailler sur le rapport musique et espace. Il prend comme point de départ le principe pictural de l’anamorphose et sa traduction dans le monde sonore, une approche (la traduction sonore) développée depuis plusieurs années par Sébastien Roux. Une des spécificités du projet est de créer pour chaque nouvel espace une œuvre à part entière et in situ à partir d’un catalogue de concepts sonores invariants déduits des techniques d’anamorphoses.

Depuis 2011, Sébastien Roux développe une approche basée sur le principe de traduction sonore, qui consiste à utiliser une œuvre pré-existante (visuelle, musicale, littéraire) comme partition pour une nouvelle pièce sonore. Ce procédé a donné lieu à Quatuor, musique électro-acoustique d’après le 10ème Quatuor de Beethoven et Nouvelle, pièce radiophonique basée sur La légende de Saint Julien l’Hospitalier de Flaubert. Le développement le plus récent de ce processus de traduction est Inevitable Music, dont la démarche vise à utiliser les règles et les techniques des dessins muraux de Sol LeWitt à des fins sonores.

Pensionnaire à la Villa Médicis, Sébastien Roux a visité plusieurs lieux qui présente la caractéristique d’être décorés par des fresques en anamorphose (San Ignazio et le couvent de la Trinité des Monts pour ne citer que les plus fameux). Ce principe s’est développé pendant la période maniériste et traduit la crise de confiance traversée par les artistes de l’époque, dans un monde en plein bouleversement, où l’ordre pensé comme immuable est ébranlé : découvertes scientifiques (Copernic : l’homme n’est pas le centre de l’univers), sac de Rome (1527) et les changements politiques qui s’ensuivent, etc… L’anamorphose s’inscrit ainsi dans la théorie du doute cartésien. Cette technique vient bousculer l’ordre classique, la perspective idéale théorisée par les peintres florentins. Umberto Eco formule dans L’oeuvre ouverte cette évolution en ces termes :« L’abandon du point de vue privilégié, du centre dans la composition, accompagne la vision copernicienne de l’univers et l’élimination définitive du géocentrisme, avec tous ses corollaires métaphysiques ». Ce sentiment de crise, de doute ne peut que faire écho à notre époque actuelle.

Au contact de ces oeuvres, la question suivante s’est alors posée : comment traduire en sons ce jeu de perspective extrême où le visiteur doit trouver l’angle de vue précis qui permet de voir l’image non déformée. Comment imaginer un pendant sonore, où le visiteur-auditeur se livre à une exploration du champ sonore ? Cette proposition où l’interprète ou l’auditeur influencent le déroulé de l’oeuvre s’apparente à une œuvre ouverte. Dans son ouvrage éponyme, explique encore, a propos de l’anamorphose : « La recherche du mouvement et du trompe-l’œil exclut la vision privilégiée, univoque, frontale, et incite le spectateur à se déplacer continuellement pour voir l’œuvre sous des aspects toujours différents, comme un objet en perpétuelle transformation. ». C’est ce travail de recherche, d’exploration que Sébastien Roux souhaite transmettre au spectateur, qui prend ainsi une part active à la pièce.

La méthodologie adoptée pour aborder cette question commencera par une recherche exhaustive sur les différents types d’anamorphoses (directe, indirecte, spatiale, utilisant un objet pour créer et lire l’anamorphose, trompe-l’œil, etc….). Il s’agit de est de déduire une série de concepts sonores qui seront les équivalents des techniques d’anamorphose. Ceux-ci utiliseront des techniques de traitement du signal comme la spatialisation, la balance, le filtrage, les délais, etc…

A partir de ce catalogue de traduction sonore des techniques d’anamorphose, les partitions seront écrites en fonction des lieux de diffusion. Chaque partition est propre au site. Chaque création se fait in situ et demande donc un temps de résidence. Ces traductions seront réalisés pour sons de synthèse ou bien interprétées par des musiciens. Elles seront présentées lors de performance où les auditeurs seront invités à se déplacer dans l’espace pour découvrir le champ sonore. Pour se faire, des instructions seront données aux auditeurs pour les orienter dans leurs déplacements. Il y aura donc une partition pour les musiciens, pour les haut-parleurs et également pour les spectateurs. Ces performances hybrides, à la croisée de l’installation sonore, de la performance et du concert, seront présentées en extérieur et en intérieur, hors de la salle de concert classique.

Le projet sera mené avec des musiciens qui ont l’habitude de ce type de performance. Il s’agira de travailler avec les interprètes quelques jours en amont pour découvrir l’espace sonore, l’acoustique du lieu et déterminer les positions et les modes de jeu de chaque instrumentiste.

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